Garder le souffle
- Calmer la personne : rester assis, rassurer, favoriser une respiration lente à lèvres pincées et limiter la parole, économiser l’air.
- Repérer la gravité : surveiller la parole, la fréquence respiratoire, le tirage, la cyanose, la somnolence ou une saturation faible ; appeler les secours.
- Utiliser alternatives : administrer bronchodilatateur prescrit ou corticoïdes oraux selon plan d’action, utiliser spacer et consulter.
Une crise d’asthme peut s’aggraver très vite. En l’absence de votre inhalateur de secours (salbutamol / Ventoline), il faut appliquer des gestes simples et efficaces pour stabiliser la respiration et décider s’il est nécessaire d’appeler les secours. Cet article détaille l’urgence immédiate, les signes de gravité, les alternatives possibles si elles ont été prescrites, et les mesures préventives pour éviter de se retrouver sans traitement à l’avenir.
Premiers gestes à réaliser immédiatement
1) Rester calme et rassurer la personne. L’anxiété augmente la respiration et aggrave la bronchoconstriction.
2) Position assise : asseyez la personne, légèrement penchée en avant (position tripode si nécessaire), mains sur les cuisses ou sur un appui, épaules relâchées. Évitez de l’allonger, sauf en cas de malaise majeur.
3) Favoriser une respiration lente et contrôlée : inspirez par le nez si possible, expirez lentement par la bouche en pinçant légèrement les lèvres pour prolonger l’expiration. Demandez de limiter la parole pour économiser l’air.
Technique de respiration utile
La respiration à lèvres pincées (pursed‑lip breathing) aide à maintenir les voies aériennes ouvertes plus longtemps en augmentant la pression positive en fin d’expiration. Conseil pratique : inspirez doucement pendant 2 secondes, retenez brièvement si possible, puis expirez lentement pendant 4 à 6 secondes. Répéter plusieurs fois jusqu’à amélioration.
Signes de gravité imposant l’appel immédiat des secours
- Incapacité à parler en phrases complètes ou à prononcer plus de quelques mots sans reprendre son souffle.
- Respiration très rapide (> 30 respirations/min) ou très lente anormale.
- Utilisation marquée des muscles accessoires (cou, sus-claviculaire), tirage intercostal.
- Peau, lèvres ou ongles bleuâtres (cyanose), sueurs froides, somnolence, confusion ou diminution du niveau de conscience.
- Saturation pulsée en oxygène (SpO2) inférieure à 92 % si un oxymètre est disponible.
- « Silent chest » (absence notable de bruit respiratoire malgré effort respiratoire), signe de détresse sévère.
Si l’un de ces signes est présent, appeler sans délai les services d’urgence (112, 15 ou numéro local). Précisez qu’il s’agit d’une détresse respiratoire liée à l’asthme.
Si un traitement de secours alternatif est disponible
Si un autre bronchodilatateur inhalé (par ex. terbutaline) a été prescrit et que la personne sait l’utiliser, administrer selon les instructions médicales. L’utilisation d’un chamber (spacer) avec un inhalateur pressurisé améliore la délivrance et est préférée si disponible. En milieu médical, la nébulisation de salbutamol est souvent utilisée pour les crises sévères mais nécessite surveillance.
Ne donnez pas d’opiacés, de sédatifs ou d’antihistaminiques sédatifs : ils peuvent déprimer la respiration. Évitez les remèdes maison non validés qui retardent la prise en charge.
Rôle des corticoïdes oraux
Les corticoïdes oraux (prednisone, prednisolone) réduisent l’inflammation bronchique et sont souvent prescrits en cas de crise modérée à sévère prolongée. Si une dose a été prescrite en plan d’action par votre médecin, elle doit être prise dès que la crise ne cède pas rapidement avec un bronchodilatateur. Si vous n’en avez pas et que la crise est importante, les secours pourront administrer un traitement adapté.
Mesures complémentaires et surveillance
- Surveillez la fréquence respiratoire, la couleur, la capacité à parler et l’état de conscience.
- Si de l’oxygène est disponible et que la saturation est < 92 %, il peut être utile sous surveillance. Ne l’administrer pas sans formation si vous n’êtes pas sûr.
- Notez l’heure d’apparition des symptômes et toute amélioration ou détérioration après chaque geste.
Prévention et plan d’action pour éviter l’absence de traitement
1) Avoir toujours un inhalateur de secours accessible (deux exemplaires si possible : un à domicile, un au travail/extérieur). Vérifier la date de péremption chaque mois.
2) Disposer d’un plan d’action écrit rédigé avec votre pneumologue qui précise les signes d’alerte, les doses et les contacts d’urgence.
3) Utiliser un spacer et s’entraîner à la technique inhalatoire lors des consultations.
4) Prévoir une téléconsultation ou une consultation rapide si une ordonnance doit être renouvelée.
5) Vaccinations à jour (grippe, pneumocoque) et arrêt du tabac pour diminuer les exacerbations.
Enfant, femme enceinte, et situations particulières
Chez l’enfant ou la femme enceinte, la vigilance est encore plus importante. Ne retardez pas l’appel aux secours : la prise en charge en urgence améliore le pronostic. Les traitements bronchodilatateurs et les corticoïdes oraux sont utilisés en urgence selon des protocoles adaptés à l’âge et à la grossesse.
En résumé, en l’absence de Ventoline, l’objectif est de garder la personne calme, assise, d’appliquer des techniques respiratoires simples, d’administrer un bronchodilatateur alternatif si prescrit et de surveiller les signes de gravité. Si la respiration ne s’améliore pas rapidement ou si des signes de détresse apparaissent, appeler immédiatement les secours. Enfin, établissez avec votre médecin un plan d’action et des mesures préventives pour éviter de vous retrouver sans traitement au prochain épisode.

